Pour un regard
Novembre 24th, 2006Absorbé par ce que je venais de lire, je levai les yeux pour laisser mon esprit tenter d’analyser l’importance des informations reçues et évaluer si l’exploration de cette voie serait profitable à mon travail. Me levant à mon tour pour chercher un ouvrage, je la vis arriver et s’asseoir un peu plus loin, me faisant face. De quel droit peut-elle en un regard me rendre si faible. Mon cerveau, je l’ai appris, ne sait plus réagir aux émotions, à la surprise, et quand mon pouls s’accélère aussi brutalement, il se désintéresse de la coordination de mes mouvements, m’empêchant ainsi de continuer dans ma lancée sans tituber. A la joie de la charmante surprise rapidement s’ajoute la colère, la colère de ne pas pouvoir avancer, la détresse devant la capitulation de mon cerveau, la peur de trahir cette faiblesse de mon métabolisme, la déception de ne pas avoir la force physique de soutenir son regard pour la saluer, pour ce qui semble si simple pour les autres, pour simplement lui sourire. Mais il n’y a pas que ça. L’incompréhension a sa part de responsabilité dans la déroute de mon corps. Il y a quelques minutes pourtant, mes pensées se coloraient à l’idée de me rapprocher d’une jeune femme dont le seul tort était son absence. Et là, un instant a suffit pour faire perdre à ces couleurs leur vivacité, à ranger ces pensées au rayon du passé. Mon cœur si peu expérimenté n’est qu’un volatile qui pour peu d’apercevoir une jolie fleur dans les environs, se désintéresse de celle qu’il courtise pour un espoir souvent vain d’atteindre la nouvelle venue. Je me sais humain, de chair, de sang, faible par certains aspects, solide peut-être par d’autres moins évidents, moins enclins à se faire remarquer. Mais que comprendre de ces pensées qui m’assaillent, de ce désire qui m’emporte de vouloir m’approcher d’elle, de la sentir près de moi, sentir le parfum de ses cheveux, sentir sa tête contre ma poitrine, de saisir ses mains fines si fragiles, de sentir que ces battements dans mes tempes ne sont pas vains pour une fois. Tout ce que mes sens peuvent lire à présent, tout ce qui les bouleverse n’est pourtant suggéré que par la silhouette de la fleur, par l’instant de son regard fugitif, par le sourire tantôt échangé. Il n’y a que la poésie qui vienne à mes mains, à mon esprit pour décrire tout qui me chamboule. Si stériles, si vains que ces mots que je trace à présent. Ma colère seule reste simple, modeste, compréhensible. Mon ego déjà se vante d’avoir transmis un florilège d’émotions en un étalage de verve, d’enthousiasme sensoriel. Ma colère seule subsiste, intransmissible. De quel droit peut-elle en un regard me rendre si faible. Quelle part de mon esprit traîtreusement a cédé au chantage et laisse à travers cette faille une simple vision me priver de ma souveraineté sur mon corps et mon esprit. La preuve formelle, indéniable de cette trahison, je suis en train de la rédiger lettre après lettre. A chaque mot, mon esprit s’éloigne un peu plus des préoccupations qui devraient être miennes, de ce qui il y a si peu de temps encore occupait justement mon attention. A chaque mot, l’évidence se fait plus inévitable. Je n’ai rien à comprendre. Raconter ma défaite ne m’enseignera rien, ne me rendra pas ce moment perdu en vain pour les yeux d’une belle. Tout au plus ai-je déchargé un peu de ma colère. Tout au plus ce refuge m’a-t-il permis de combler la brèche et reprendre le contrôle. Mais pour combien de temps. Jusqu’à ce que je tourne la tête, tout au plus. Je n’ai rien appris, et elle, elle n’en saura jamais rien.
SLA Library, 24 Novembre 2006.
Storm
Novembre 14th, 2006Qu'il vienne, qu'il vienne, non, je ne céderai pas. Mon coeur lourd ne lui est pas destiné, je ravale mes pleurs et mes lamentations. Il n'aura pas raison, mon existence est faite pour la lumière. Je trouverai le chemin et un jour, je serai homme. Je n'ai qu'un seul genou à terre, tu ne me feras pas baisser le second. Le second est l'emblème de mon espoir, celui qui battera les vents lorsque je crierai au ciel que je suis fier. Je ne marche pas droit, je n'ai pas le regard solide, mon dos se courbe, mon coeur trop souvent se tourne vers l'arrière et mes pensées vers la fuite, mais mon corps, mon esprit est mien et j'en ferai un empire où la lumière sera reine. Faiblesse, toi qui parcours mes veines, toi qui me foudroies maintenant et naguère, faiblesse, je t'aime, tu es à moi. N'aie pas peur. Je t'embrasse aujourd'hui, un jour je pleurerai sur ta tombe et à ta résurrection je m'agenouillerai pour retrouver la terre qui fera de moi un d'hier et à jamais. Vous, les chemins que je ne sais pas emprunter, ne m'attendez pas, je trouverai le suivant.
Dublin, Trinity College Library, April 2005.
La ballade de Lili Lockwood
Novembre 14th, 2006A bout de souffle,
Un vélo dans une main,
Une main dans les courants d'air,
A bout de course,
Je suis en retard, toujours en retard.
Lili n'attend pas, elle est sur la route.
De New-York au Japon,
Chacun son chemin, elle a son avenue.
Sur le trottoir, case noire, case blanche,
et les doigts eux jamais à bout de course.
La mélodie continue, chanson d'une vie.
Assis sur un rebord, il chante le blues de dos,
De face en sol, de noir en blanc,
il chante les images en musique et les notes de papier,
Toute en couleurs, Lili,
Tu es la mélodie de cette ballade,
La ballade de Lili Lockwood.
Si vous voyez Lili, dites-lui, mes amis,
C'est toujours un beau moment,
Faire ce petit voyage en ta compagnie, Lili.
Dublin, Samedi 26 février 2005, trop tard, 8h30.
W komponiert pour son anniversaire.
Fou
Novembre 14th, 2006Je le sens, il est si proche. J'en souris presque, et pourtant, mes yeux hagards le cherchent autour de moi, dès que la musique commence. Il se répand dans mes veines, mes narines dilatées aspirent l'air ambiant, comme pour attiser le feu qui s'empare de moi. A cet état, il n'y a que deux issues. Le plus souvent, je me perds dans les limbes du monde de mon imagination, laissant apparaître ces ailes blanches que ceux qui me regardent ne peuvent voir. Je deviens alors cet autre, celui qui vibre à la moindre de mes visions, celui qui danse dans ma tête. Je deviens fou, j'essaie péniblement de réprimer les gestes qui trahiraient cette absence de raison, ils ne comprendraient pas. Peut-être, elle comprendrait. Celle que je pourrais alors embrasser et emmener danser, celle qui n'aurait pas peur d'affronter ce qui fait trembler mes mains, cette folie noire qui me jette violemment hors de la réalité. Alors, mon imagination serait libérée, je n'aurais plus à réprimer ce cri qui me rend sourd, celui qui hurle dans ma tête, cette voix qui me hurle de danser, de ne pas m'arrêter, de ne plus regarder les autres, de brûler vif. Je pourrais alors danser enfin, danser et vivre, danser et mourir mes veines en feu. Laissez-moi vivre, vous ne comprenez pas, je ne suis plus là, vous ne pouvez rien pour moi. Je ne marche pas, je vole, vous ne pouvez pas comprendre. Je suis le dragon, le guerrier, le créateur, le destructeur. Je suis le vent, le feu. Un jour, je danserai et vous ne pourrez pas m'arrêter, je serai le temps, seul, brûlé par cette musique qui enflamme mes veines. Je sens mon coeur battre la chamade, mon corps à peine supporte l'extase qui en a pris possession. Quelque part, quelque chose se répand à toute vitesse dans mon sang et le fait bouillir. Pourquoi ne suis-je qu'un homme, pourquoi me promettre tant de puissance, me faire goûter à ce nectar divin et m'en dénier les pouvoirs. On dit que le mot bouge les montagnes, et moi je suis esclave de la musique, mais esclave consentant, car qui a eu maîtresse plus douce. Depuis la nuit des temps, ceux qui l’ont servi ont été « fous » aux yeux de ceux qui ne pouvaient pas comprendre. Je veux rester fou, je veux vivre de ma folie, je veux être fou, fou d’elle, je veux qu’elle danse pour moi, je veux danser avec elle, sentir son parfum sulfureux embraser celui qui court dans mon corps, je veux l’aimer, l’effleurer, la soulever, l’embrasser. Alors, je serai l’affranchi, l’homme libre, celui qui a choisi de quitter le paradis égoïste pour marcher sur la terre. Musique, mon amour, je te retrouverai, mais je serai libre et nous danserons ensemble jusqu’à mes cendres.